Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/229

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HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


se donner même le temps de le voir partir, elle remonta dans la chambre où était son mari pour l’occuper, afin qu’il ne s’aperçût pas de la sortie de Nicaise.

Anthonin, qui, bien loin d’être sorti dans le temps que Lupanie l’avait cru, par un sentiment plein de jalousie, s’était glissé adroitement derrière une tapisserie, proche cette même porte, pour voir tout ce qui se passait entre Nicaise et elle, et, trouvant une si belle occasion pour se venger de tous deux, sort promptement de la chambre et ferme même la porte dans le temps que Nicaise allait ouvrir celle du cabinet où il était ; mais comme il entendit le bruit de cette porte, il y resta, crainte d’être vu, et s’imagina que c’était Lupanie qui, ayant changé de résolution dans cet instant, l’avait fermée, si bien qu’il attendit jusqu’à la nuit, et, voyant entrer sa maîtresse dans la chambre avec une fille, il n’osa paraître. Il la vit déshabiller de son cabinet et la vit mettre au lit, après avoir commandé à cette fille de se retirer et qu’il n’avait plus qu’à se mettre auprès d’elle ; mais s’apercevant qu’il n’était pas dans le véritable état où il devait paraître, parce qu’il s’était épuisé pendant le jour, il resta encore quelque temps dans le cabinet, en repassant dans son imagination tous les objets qui lui avaient donné autrefois plus d’émotion, et, sentant les premiers avant-coureurs du plaisir, il en sort et s’approche du lit de Lupanie qui, dormant déjà, s’éveilla au moindre bruit qu’il fit, et, se persuadant