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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


dit-il, d’oser ainsi mettre la main sur un homme ! — Et vous, marquis, répondis-je, n’êtes-vous pas un véritable lâche de jouir de mon bien, de venir dans mon lit chercher des faveurs, et de m’en remercier à coups de poing ! Si vous n’aviez pas été ivre comme une soupe, n’auriez-vous pas sacrifié l’innocence de Boüé à votre cruelle jalousie et achevé par cette belle action de mettre mon honneur à vau-l’eau ? Quelle liberté vous donnez-vous chez moi ? Suis-je votre femme ? Songez-vous à devenir mon mari ? et ne seriez-vous pas déjà engagé ailleurs si l’offre de vos services et de votre foi avait été agréable à la petite demoiselle à qui vous la fîtes dernièrement d’une manière toute espagnole ? Je vous déclare que je ne veux plus être si facile, et que vous m’obligerez fort de ne venir plus infecter ma chambre de l’odeur du vin que vous soufflez toutes les fois que vous y venez. — Vous avez raison, madame, me dit-il en sortant, et je vous promets à l’avenir plus de repos que vous n’en souhaiterez. Vous n’êtes pas mal conseillée, mais je doute que ces bons conseils vous trouvent longtemps dans la volonté de les suivre. »

            Il en parlait avec esprit,
            Car je trouve dans ma mémoire
            Que cette gaillarde m’a dit
Qu’elle aimerait mieux être un an en purgatoire
            Qu’une nuit seule dans son lit.