Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/245

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LE ZOMBI DU GRAND-PÉROU


vous demande pour rentrer dans la faveur du marquis.

            — C’est fort bien dit, belle comtesse,
            Je suis unique en mon espèce,
            Car le diable n’a point de part
            Aux jolis secrets de mon art.
            Quand je renverse une maîtresse,
            Ma magie a d’autres ressorts,
            Qui sont plus liants et plus forts.
            Lorsque sur la verte fougère,
            Dans le bois ou dans le verger,
            J’ai pris l’heure de la bergère,
            J’ai toujours celle du berger.

Cette gentillesse sécha mieux ses larmes que les plus saintes consolations dont j’eusse pu me servir, car, comme la moindre chose est capable de la faire pleurer, la moindre chose aussi est capable de la faire rire. Mais pour ne la laisser pas plus longtemps dans une opinion qui m’était désavantageuse : « Vous avez l’esprit malin, lui dis-je, et votre langue a de la peine à se retenir en parlant. J’ai quelques secrètes raisons pour ne croire pas que le marquis vous ait fait des contes si pleins de péché, ou, si vous dites vrai, j’ai lieu de craindre qu’il ne me tende des filets pour me faire tomber. J’essayerai d’y donner bon ordre.

            Bien qu’il soit un grand oiseleur,
Je saurai de ses rets éviter la surprise :
            Les corneilles de ma couleur