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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


que j’avais eu le soin de tenir ouverte, et monta dans notre chambre sous l’équipage d’un Zombi de couleur de neige et dans la croyance qu’elle était invisible. Le prince étranger, comme j’ai dit, avait le mot ; mais elle n’en savait rien, et c’était sur lui que nous avions résolu qu’elle ferait son chef-d’œuvre. D’abord, elle se promène à grands pas, elle agite furieusement les fenêtres de notre chambre, elle nous frappe l’un après l’autre et fait tant de mouvements divers que le bonhomme La Forest, qui était en bas, en fut saisi de frayeur et me demanda plusieurs fois ce que c’était. Nous répondîmes, le prince étranger et moi, que l’on nous battait, mais que nous ne voyions personne ; l’engagé du marquis en disait de même, et le pauvre garçon ne mentait pas, car il se cachait dans son lit avec un soin qui faisait connaître au Zombi qu’il aurait aussi voulu être invisible. Enfin, la comtesse de Cocagne, après avoir fait au prince étranger toutes sortes de petites malices, le renversa si adroitement de son lit à terre que le palais en trembla comme d’un coup de foudre et que nous nous sauvâmes en bas, l’engagé et moi, avec autant de précipitation que si la mort la plus épouvantable courait après nous. Le bonhomme La Forest balança longtemps à nous ouvrir la porte ; il était si alarmé qu’il prenait celle de la cuisine pour celle du magasin et qu’il voulait se cacher dans l’armoire, au lieu de songer à faire allumer la lampe. Nos cris attirèrent à