Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/251

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LE ZOMBI DU GRAND-PÉROU


notre secours le grand économe du marquis, et quand nous pûmes voir clair à ce que nous faisions, nous allâmes secourir le prince étranger, qui feignait d’avoir perdu la parole et qui contrefaisait l’évanoui avec une affectation si visible qu’il pensa gâter tout le mystère. Aucun de nous n’eut la hardiesse de se recoucher ; nous achevâmes tous ensemble de passer la nuit à discourir sur l’amour que les Zombis avaient pour le Grand-Pérou, et le bonhomme La Forest nous protesta qu’il y en était revenu de plus de trente façons depuis qu’il y demeurait.

      Pour confirmer cette vaine pensée :
            « Ce diable, dis-je, est bien hideux.
Sa crainte avait rendu mon âme si glacée
            Qu’au lieu d’un j’en croyais voir deux.
            Il a des serpents pour cheveux,
            Le corps fait comme une harpie,
            Et porte dans sa patte impie
            La Chimère pleine de feux. »

Cette réussite, que le plus innocent des hommes aurait facilitée aussi bien que moi, me fit passer pour le phénix des habiles gens dans l’esprit de la comtesse. Elle paya mon adresse imaginaire d’une infinité de louanges et des plus douces caresses où je pouvais aspirer, pour un service de si peu d’importance. Je menai le prince étranger chez elle, pour lui donner le plaisir de voir celui qu’elle croyait avoir si