Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/255

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LE ZOMBI DU GRAND-PÉROU


Elle peut transplanter le plus ferme rocher,
Et ce fut elle enfin qui fit ce grand miracle.

Il y avait eu si peut de raillerie dans l’action de la comtesse que le bonhomme La Forest était blessé à la main et à la jambe gauches assez honnêtement ; et ce bon vieillard était tellement irrésolu dans les jugements téméraires qu’il en faisait que tantôt il m’en imputait la malice, et tantôt il en accusait l’économe du marquis. Il pleurait comme un petit enfant, et la crainte avait jeté dans son cœur des racines si profondes qu’il fit allumer une seconde lampe et nous conjura tous de veillera ses côtés.

            Je crus qu’il allait rendre l’âme.
Il nous fit un sermon qui nous saigna le cœur,
      Et je blâmai mille fois la rigueur
            De cette impitoyable femme.

La renommée de la Cabesse-Terre, qui vole plus légèrement que celle d’un général d’armée, avait publié cette nouvelle au Marigot avant la naissance du soleil, et chacun en disait librement sa pensée, selon la force et la prudence de son génie. Il y en eut d’assez éclairés pour juger que le Zombi du Grand-Pérou ne pouvait être que la comtesse de Cocagne sous mes auspices, et ceux-là concluaient de notre bonne intelligence que je pourrais me marier avec elle, si Roland le débonnaire était assez fou pour se

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