Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/257

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LE ZOMBI DU GRAND-PÉROU


saluant. — Bien vous soit, mon maître, répondit-elle ; disposez de votre servante au gré de vos désirs, et soyez persuadé de ma très humble reconnaissance. — Ah ! malicieuse, repris-je après nous être assis, je voulais bien vous donner du plaisir, mais je ne voulais pas que vous fissiez du mal à personne ; et vous avez, en vérité, grand tort d’avoir si cruellement offensé le bonhomme La Forest ; il nageait dans son sang quand nous fûmes à son secours, et je vis l’heure que la mort lui allait donner le coup de grâce. — Vous vous moquez de moi, reprit-elle aussi, et ce vieux chien-là mériterait que je lui eusse cassé la tête, pour punition des infamies dont il me noircit l’autre jour en présence du marquis du Grand-Pérou, qui n’en faisait que rire. — Fort bien, madame, ajoutai-je, mais quel sujet de mécontentement M. de la Croix vous a-t-il donné ? C’est un si honnête homme, et vous n’avez point de raison de ne l’avoir pas épargné. Heureusement, il était comme enseveli dans son lit, et les bords de son hamac se joignaient ; sans cela je ne le compterais plus au nombre des vivants, et nous serions bientôt entre les mains de la justice. Cela n’est pas bien, madame ; vous devriez modérer votre fureur et n’abuser pas ainsi de votre invisibilité. — Ah ! que vous me chatouillez agréablement par votre récit, s’écria la folle, et que je suis pleinement vengée de ce vieux loup qui m’appelait dernièrement putain et qui ne connaissait point, disait-il, une