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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


chienne plus chaude que moi dans l’île. Plût à Dieu, continua-t-elle, avoir si bien étrillé tous ceux qui m’ont insultée et qui n’en perdent que l’attente !

            — Chaque chose dans la nature,
            Lui dis-je, a sa propriété ;
            Elle aime la variété
Et la fait éclater dans chaque créature.
            Le doux regard séduit le cœur,
            Les lauriers plaisent au vainqueur,
            La poule pond et le coq chante,
            L’abeille compose son miel,
            Je suis bon, vous êtes méchante ;
Vous attendez l’enfer et j’espère le ciel.

Cette réflexion la fit passer dans un si grand emportement de plaisir que nous déjeunâmes, le prince étranger et moi, sans pouvoir l’obliger à porter à sa bouche la moindre partie des choses qu’elle nous avait fait servir avec excès. Mais le dessert qu’elle nous donna mérite bien que j’en dise quelque chose.

            Cette victime malheureuse
            De la publique affection
            Me surprit ainsi qu’un lion
            Surprend une brebis peureuse.
            Le luxe de la volupté
            Avait rehaussé sa beauté,
            Afin de vaincre ma faiblesse,
      Et la vertu ne me soutenait pas,
            Quand, éloigné de la sagesse,
Je mordis goulûment aux fruits des Pays-Bas.