Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/267

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LE ZOMBI DU GRAND-PÉROU


appétit les têtards de la comtesse de Cocagne ; et nous étions sur le point d’en sortir quand elle me fit ressouvenir de la figure du marquis du Grand-Pérou et de l’haleine du secrétaire de mes commandements que j’avais promis de lui faire sentir. « Pour l’image de votre serviteur, lui dis-je, ce n’est pas encore pour vous : je connais, par expérience, que vous allez trop vite en besogne, pour mettre dans votre pouvoir la vie d’une personne qui m’est chère et à qui j’ai peut-être de l’obligation ; mais voici une bougie qui renferme l’esprit qui m’obéit, je la vais allumer, et quand il lui plaira de lui faire sentir son haleine à la compagnie, je serai quitte de ma parole. » C’était un morceau de la cire qu’elle m’avait envoyée par le petit frère du baron du Marigot, qui renfermait un long tuyau de plume de coq d’Inde que l’économe du marquis du Grand-Pérou avait rempli de poudre à canon ; on aurait dit d’une chandelle, et j’avais si bien ajusté ce diablotin qu’il fit non seulement les effets que j’en attendais, mais qu’il répandit sa fumée dans le nez de la comtesse sans lui faire le moindre outrage, mais d’une manière admirable et qui semblait n’avoir eu qu’elle pour objet ; ce qui la mit entièrement hors d’elle-même. Ce fut alors qu’elle crut véritablement en moi et qu’elle m’allait inviter à faire des miracles où je suis aveugle comme une taupe, quand l’engagé du marquis survenant, il lui fit cette petite harangue de la part de son maître :