Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/275

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LE ZOMBI DU GRAND-PÉROU


comme vous m’en avez prié plusieurs fois. » Mes vœux furent agréablement reçus ; ensuite de quoi elle me reconduisit jusqu’au bord de la rivière, où son dessein était de se laver. L’envie me prit de la voir toute nue, et j’attendais qu’elle eût quitté ses habits et sa chemise pour m’en aller ; mais cette belle masse de chair ne m’eut pas plutôt frappé la vue, et mes yeux n’eurent pas plutôt reçu l’éclat de la neige de son beau corps que mon cœur fut allumé d’une nouvelle flamme et que je retournai à mon vomissement avec une passion que je n’avais point encore ressentie. Elle s’aperçut avec joie de la grandeur de mon ravissement, et, sans mentir, je lui débitai mille gentillesses sur la sienne, qu’il me serait impossible de redire, quand même le respect ne me le défendrait pas.

            Cette femme prostituée
            A dans ses dangereux transports
            Fait perdre la vie aux plus forts ;
            L’île en est toute infatuée.
            L’ange terrible autant que laid
            En use comme d’un filet
            Pour perdre nos débiles âmes.
            Son adresse amollit le fer,
            Et sa maison pleine de flammes
            Est sur le chemin de l’enfer.

J’étais déjà levé pour la quitter, quand elle me pria de la rendre aussi invisible. « Cela ne se peut, lui