Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/281

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LE ZOMBI DU GRAND-PÉROU


Ils ont fait tout leur possible pour me faire parler et pour m’ouvrir les yeux que j’avais bandés avec mon mouchoir. Ils ont même emprunté la voix du vicomte du Carbet et du baron du Marigot, et m’ont mis un chapelet dans le bras pour me faire accroire qu’ils n’étaient pas des esprits malins, mais je n’ai pas été si sotte que d’ajouter foi à leurs tromperies. Ils prenaient toutes sortes de figures et je croyais parfois avoir une centaine de rats sur le visage, sur le corps, et au bout des doigts des pieds et des mains, où, comme vous voyez, ils m’ont honnêtement mordue. — Ne vous ont-ils fait que cela, madame ? lui dis-je. — Hé ! répondit-elle, que voudriez-vous que des rats m’eussent fait autre chose que de me mordre ? — Mais, repris-je, ceux qui avaient emprunté la voix du vicomte de Carbet et du baron du Marigot n’ont-ils pas porté leurs mains profanes sur celui que j’aime tant ? — Ne vous ai-je pas dit, répliqua-t-elle, que ceux-là m’ont mis un chapelet au bras et qu’ils m’ont plumée, piqué les fesses et même fouettée avec des branches ; mais pourtant celui qui parlait comme le baron du Marigot ne voulait pas que l’autre me fouettât, et il lui disait : « Fi ! fi ! mon oncle, pourquoi maltraiter cette pauvre femme ? Ramenons-la à sa case : le jour vient, et tout le monde la verrait là. » — Eh bien, madame, lui dis-je, que ne croyiez-vous celui-là ? c’était un bon esprit qui avait pitié de votre faiblesse et à qui vous ne devez point vouloir de