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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


sentir à mon départ, voyant enfin que j’y étais déterminé, me demanda, la larme aux yeux, une heure de remise pour aller emprunter un cheval, afin de pouvoir m’accompagner avec bienséance ; mais l’économe du marquis lui ôta ce cheval d’entre les jambes, de manière que je fis mon chemin tout seul, après néanmoins que le vicomte du Carbet et le baron du Marigot m’eurent protesté, avec d’horribles serments, que non seulement ils n’avaient point trempé leur pain bis dans le pot au lait de la comtesse de Cocagne, mais que même ils n’en avaient pas eu la pensée ; et je connus à plusieurs marques qu’il y avait de l’innocence dans leur fait. Ceux qui auront plus de clairvoyance que moi pourront peut-être en juger autrement ; quoi qu’il en soit, je m’en lave les mains.

Rien ne se peut longtemps cacher à l’homme sage ;
      Comme dans le clair cristal d’un ruisseau,
            On voit reluire son tableau
            Quand on s’y lave le visage ;
            Ainsi l’homme sage et prudent
            Avec facilité comprend
            À l’aspect d’une créature
            Ce qui se passe dans son sein,
            Sans que jamais la conjecture
            Trompe un si merveilleux dessein.

Je réfléchis mille fois, en marchant, sur l’aventure du Zombi du Grand-Pérou et sur la facilité de la comtesse de Cocagne ; et mon âme prenait plus de cou-