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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


passer, et de la confession de mes fautes je tombai tout d’un coup dans l’insolence de les vouloir excuser par des exemples fameux dans l’antiquité.

Quoi ! disais-je en moi-même, ainsi qu’un méchant homme,
            Adam, Loth et Samson,
            David et Salomon
N’ont-ils pas tous mordu dans la fatale pomme ?
      Je l’ai cent fois ouï dire au sermon.
Si donc il est constant que de si bonnes âmes
            Ont brûlé de l’amour des femmes,
            Las ! qui suis-je, moi, malheureux,
      Pour résister à de pareilles flammes ?
            Serais-je bien plus sage qu’eux ?
      Cesse, mon cœur, d’avoir tant de tristesse :
Tout le monde n’a pas la vertu ni l’adresse
            De parer les coups de la chair.
Les diables déchaînés dans les plaines de l’air
M’ont fait subtilement tomber dans la mollesse ;
            Mais je n’ai pas, en fin renard,
            Surpris la poulette à l’écart.
            Nous avons eu sa jouissance
            Sans employer la violence ;
Et ce fut elle enfin qui séduisit le coq ;
Le coq, doux au possible et plein de complaisance,
            Ne fit que consentir au choc.
            Si mes prédécesseurs en gloire
            Avaient sur ce corps ivoirin
            Gravé leurs noms de leur burin,
Leur nombre ne pourrait entrer dans ma mémoire.
            À peine le sein lui perçait
            Que la belle déjà dansait