Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/51

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

37
LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


Mais parce qu’il était déjà midi sonné, et qu’elle s’était conviée à dîner avec lui, Céladon commanda qu’on servit, espérant que le temps lui rendrait les forces que l’amour lui avait empruntées.


   Mais pendant le cours du repas,
Marcelle fut ainsi qu’une jeune génisse
   Qui, dans son amoureux caprice,
  Lèche l’herbette et ne l’arrache pas.
   On servit le dessert ensuite,
   Où sans doute il ne manquait rien,
Et par son Céladon Marcelle fut induite
   À goûter de son bon-chrétien,
Que recélaient des flots de sucre de Madère :
« Ce sucre, lui dit-elle, est fort bon et fort beau,
   Mais il n’a pas de quoi me plaire
Comme un autre meilleur qu’on trouve en certaine eau,
   Et dont vous n’avez pas, je pense,
  Force cornets dedans votre dépense.


Ce reproche fit rougir Céladon, et il se repentit vingt fois d’avoir donné à Dorimène et à la masquée, avec tant de profusion, un divertissement qu’il jugeait devoir plus légitimement à cette dernière. Mais comme ce genre de plaisir est un bien qu’on ne saurait reprendre quand on l’a une fois accordé, il fallut qu’il s’en consolât et fit en sorte de trouver le secret de désabuser Marcelle du soupçon où sa lenteur à la satisfaire l’avait fait tomber. C’est pourquoi, après avoir commandé qu’on desservît.