Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/57

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE

LUBIN

Et de qui la sagesse, à nulle autre pareille.
Sera sans rage au cœur et sans puce à l’oreille.

TOINON

Que veut dire ceci ? Méchant, explique-toi.

LUBIN

Va, va, garde tes pleurs pour d’autres que pour moi.
Je suis trop rebattu de ce genre de feintes.
Depuis que mes péchés eurent nos âmes jointes,
Il n’est heure ni jour, minute ni moment,
Que tu ne joues ainsi mon amoureux tourment.
Mais j’ose te jurer par l’astre qui m’éclaire
Et par l’éternité de notre commun père,
Qu’en vain pour m’apaiser…

TOINON

        Cruel, n’achève pas.
Ou porte tout d’un coup dans mon sein le trépas.
Ah ! quoi que maintenant ma langue t’ait pu dire,
J’en suis au désespoir et j’ose l’en dédire.
Plutôt que de changer un berger si charmant,
Les hommes régneront au sacré firmament ;
Et les dieux, dépouillés du ciel et du tonnerre.
Viendront honteusement habiter sur la terre.
Apollon changera son superbe appareil
Contre un simple fanal qui préserve d’écueil
Une cité qui vogue à la merci de l’onde,
Lorsque je brûlerai d’une flamme seconde,
Ou plutôt seulement qu’un si lâche dessein
Au nombre de mes vœux se promène en mon sein.

LUBIN

Les dieux, qu’insolemment tu veux rendre complices
Des effets dangereux de tes noires malices,