Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/59

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE

LUBIN

          Et ce matin,
Tu n’as pas d’un berger soulagé le mâtin,
Qu’une épine en son pied rendait boiteux et triste ?
Et ce chien n’était pas à mon rival Baptiste ?
Après l’avoir guéri, tu ne l’as pas flatté ?
Ni craché sur son nez, après l’avoir gratté ?
Tu n’as pas empoigné plus de cent fois sa queue,
Ni pris plaisir à voir sa garniture bleue ?
Tu n’as pas de tes doigts, sur son poil blanc et noir,
Pris certain vermisseau que son heur t’a fait voir ?
Et l’appelant mignon, fidèle et sans malice,
Tu ne m’as pas donné de sujets de supplice ?
Tu n’as plus rien à dire, esprit trop décevant,
Et ne me pensais pas sans doute si savant ;
Mais, de notre bercail, j’ai vu tout le mystère,
Aux rayons clairvoyants de l’amour qui m’éclaire,
Ou du moins de l’amour qui m’éclairait alors,
Mais qui n’échauffe plus ni mon sein ni mon corps !

TOINON

Est-ce tout ?

LUBIN

    Trouves-tu que ce soit peu de chose
Pour suivre le dessein que mon cœur me propose,
De ne courber jamais sous le faix de ta loi,
De ne danser jamais sous le frêne avec toi,
De maints bouquets divers n’embellir plus ta tête,
Et de te croire enfin une mauvaise bête ?

TOINON

Quoi ! mon cœur, voulais-tu, voyant cet animal
De qui l’abord flatteur me découvrait le mal,