Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/63

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


Dans ce noble endroit, dis-je, au bord d’un frais ruisseau,
Dont le cristal liquide est divinement beau,
Reposant dans le sein de ces fleurs immortelles,
Et rêvant aux rigueurs des beautés naturelles,
De l’ange incomparable où mon sein amoureux
Adresse jour et nuit ses respects et ses vœux,
Soupirant ma douleur loin du bruit et du monde
(Ô Dieu ! que cette plaie en mon âme est profonde !)
Morphée en ses pavots dont il ferma mes yeux
Ayant su renfermer un sort pernicieux,
Me troubla les esprits et m’enchanta l’oreille,
De sorte qu’en dormant je crus ouïr ma merveille
Favoriser mes feux autant qu’elle me fuit
Et me tenir enfin cette douceur qui suit :
« De l’heure du berger jouis, ô cher Corneille ;
Paye à discrétion ton amour non pareille ;
Je t’accorde à présent l’entière autorité
De soulager l’ardeur de ton cœur enchanté.
Je veux te faire voir qu’il est en ma puissance
D’offrir un digne prix à ton obéissance ;
Tant de devoirs rendus, tant de soumissions
Demandent hautement des satisfactions.
Il est juste, prends-en ; je t’aime, je t’estime ;
Faillir avecque toi n’est pas un si grand crime,
Et puis j’estime mieux ne pas tant raisonner
Qu’aux plaintes contre moi ton âme abandonner.
Pour un heureux succès redouble ton courage,
À t’en bien acquitter ton intérêt t’engage ;
Oui, puisque ton bonheur te rangea sous mes lois,
En cet heureux moment prends ce que je te dois ;
Viens cueillir à loisir les fruits de ta victoire,
Un injuste refus ternirait ma mémoire ;

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