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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


Viens changer en douceur la rigueur de ton sort ;
Embrasse-moi, Corneille, embrasse-moi bien fort ;
Viens, car plus je t’attends et plus mon feu s’augmente ;
Viens te rendre, mon cher, aux bras de ton amante,
Sans craindre que jamais un lâche repentir
Me reproche un délice où j’ose consentir. »
Je me lève à ces mots, et dans la frénésie
Dont cette image vaine a mon âme saisie :
« Babet, quel est le dieu qui, soigneux de mes jours,
Vous conduit en ces lieux avouer mes amours ?
Ah ! d’où vous vient, lui dis-je, un sentiment si juste ?
Mon destin désormais se peut nommer auguste.
Mon bonheur est au port, Babet, puisque mon cœur
Est de mille rivaux le fortuné vainqueur ;
Larmes, chagrins, soupirs, cruelle jalousie.
Le plaisir à son tour assaisonne ma vie ! »
J’allais poursuivre, hélas ! quand mes pieds insolents,
Ministres malheureux de mes désirs brûlants,
Trouvant dans leur chemin mon aimable inhumaine
Qui dormait sur des fleurs proche de Lisimène,
Je tombe, je l’éveille, et sa bouche et son corps
N’échappent qu’à grand’peine à mes hardis efforts.
« Effronté ! me dit-elle ; eh ! d’où vient cette audace !
Quoi ! l’amour dans ton sein à la rage a fait place ?
Ainsi, ton lâche cœur, traître aux nobles plaisirs,
Couvait secrètement de criminels désirs.
— Mais, cruelle, à mon tour, m’écriai-je à voix haute,
Tu ne te devais pas repentir de ta faute ;
Sera-ce donc, hélas ! par des tours insensés
Que mes pleurs et mes soins seront récompensés ?
Te penses-tu moquer de ma flamme irritée ?
Par quel soudain malheur t’ai-je mécontentée,