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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


Mais vous n’avez point vu qu’imitant les mortels,
J’aie une seule fois visité vos autels :
À ma chère Babet mon cœur toujours fidèle
Ne saurait concevoir d’autre déité qu’elle.
Augmentez, s’il se peut, votre indignation,
Mais n’espérez jamais mon adoration.



RUPTURE

C’en est fait ! je ne puis, sans en rougir de honte,
   Vivre plus longtemps sous ta loi ;
Je te vois de mes feux faire si peu de compte,
Que j’en fais aujourd’hui, Caliste, autant que toi,
   Et dans l’humeur où je me vois,
   Je ne crains point qu’Amour surmonte
Le dessein que je prends, sans faire aucun effort,
Plutôt que de t’aimer de me donner la mort.
Amour, ne venez point, dans votre humeur étrange,
   Tâcher d’étouffer mon honneur ;
Il y va de ma gloire, il faut que je me venge :
Le crime assez souvent échappe à sa longueur ;
   Retirez-vous donc, suborneur ;
   Je veux avoir recours au change.
À l’ingrate Caliste il ne faut rien devoir.
Changer est mon plaisir et non mon désespoir.
Après m’avoir frappé d’une haine mortelle,
   Pourrais-je encore conserver
Les moindres sentiments d’une flamme fidèle ?
Non, non, mon triste cœur, il n’y faut plus rêver ;
   Je te puis aisément prouver
   Que la constance est criminelle.