Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/69

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

55
LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


Votre honneur au berceau qui sortit de ses bornes
En fonde-t-il encor le retour sur mes cornes ;
Ou bien, par la justice affranchi d’un tel sort,
Votre iscariot cœur minute-t-il ma mort ?
Peut-être pensez-vous qu’amoureux de vos charmes,
Je dois m’aller encor enfiler dans vos charmes ?
Mais non, ce dernier trait de votre lâcheté
Me rend, à mes dépens, un peu plus arrêté.
Comme un petit mouton qui flatte sa bergère
N’aperçoit point du loup l’approche carnassière,
Ainsi, dans le plaisir où mon cœur se trouvait,
J’ignorais la fureur que le vôtre couvait.
Sorti d’un labyrinthe où la mort, toujours prête,
Se fût fait de ma vie une triste conquête,
Si par un heureux coup de mon malheureux sort,
Plus qu’elle, à son aspect je n’avais paru mort,
Simple comme un enfant, sur votre foi femelle,
J’embarquais de nouveau l’intérêt de mon zèle ;
Mais enfin, de retour à mon vomissement,
J’y reçus des archers le traître embrassement,
Et par surcroît d’ennui votre âme forcenée
Tâcha de me réduire aux termes d’hyménée ;
Quand un peu de courage, ami de mon honneur,
Pour la mort qu’on m’offrait ne marqua point de peur,
Je fus par ces suppôts de votre bergerie
Conduit encore un coup à la Conciergerie.
Maintenant donc, Cloris, que je me trouve au port
Et que je vois bien clair dans le plus fin ressort
Dont vous faites jouer vos lâches fourberies,
En vain voudriez-vous user de flatteries ;
Si jamais je vous vois, que je perde le jour,
Que je sois sur la terre un Sisyphe d’amour,