Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/89

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


Après qu’elles eurent passé les guichets, elles montèrent en la chambre du prisonnier, qui s’entretenait avec Poquet de l’aventure du matin.

Poquet était receveur des tailles de l’élection de Conches, aussi propre à l’amoureux mystère qu’aucune personne de son siècle ; il était arrêté aussi bien que Céladon, et ils étaient liés d’une étroite amitié. Ses cheveux étaient noirs, répandus par boucles le long des épaules ; ses yeux n’étaient pas moins bien fendus que l’émail en était admirable ; son front était plus uni que la glace, et les amours y caracolaient sans cesse avec des patins de Courlande. Sa barbe était régulière, et ses dents étaient si fréquemment lavées du meilleur vin du patrimoine de sa femme que leur netteté était recommandable, et qu’elles avaient l’éclat et la blancheur du marbre de Paros ; sa taille était riche, et ses discours étaient si modernes qu’ils ne faisaient pas de légères blessures ni de petites impressions sur les cœurs les plus endurcis. Il avait surtout un tel penchant au plaisir que donnent les femmes et son cœur était tellement susceptible de nouveauté qu’il avait engagé Céladon à jurer de le faire de moitié de sa fortune avant l’adieu du soleil, ou du moins après le retour des ténèbres. Outre que Céladon lui avait des obligations démesurées et très récentes, il se voyait tant de besogne taillée qu’il ne fut pas fâché d’avoir un aide du mérite de celui-ci. C’est pourquoi, dès qu’il eut entendu la voix de Dori-