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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


et je n’ai pas manqué d’ouvrir tous les robinets de mon affection pour la faire nager dans des flots de délices. Toutefois faites-nous savants de notre crime, et nous aviserons à la manière de l’expier. »

— Quoi ! messieurs, répartit le cavalier aux rubans verts, vous avez encore le front de feindre ne savoir pas l’injure que je vous reproche ? Comment ! n’avoir pas la prudence de fermer une porte lorsqu’un si doux combat vous anime ! C’est ne se soucier guère de sa réputation et vouloir bien être soupçonné de lâcheté que de faciliter ainsi les moyens de se faire séparer. Çà, çà ! poursuivit-il, il faut que nous en tirions satisfaction et que nous vous fassions les juges, à vos dépens, de la valeur que nous renfermons et du courage qui nous est naturel.

En achevant ces mots, il mit la main à l’épée ; mais ce ne fut que pour l’ôter de son côté et la jeter sur des chaises ; et après que le cavalier à la garniture bleue en eut fait de même, ils se jetèrent tous les deux, à corps perdu, l’un entre les bras de Céladon et l’autre entre ceux de Poquet.

Nos deux prisonniers ne furent pas longtemps à s’apercevoir de la galanterie d’Amarante et de Marcelle, et ils y trouvèrent tant de gentillesse qu’ils leur en surent tout à fait bon gré. Ces deux amoureuses créatures s’étaient ainsi déguisées, afin de tromper les espions de leur conduite, et, d’ailleurs, Amarante, qui n’avait jamais meilleure mine que lorsqu’elle