Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/99

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


paraissait sous la figure d’un homme, n’avait pas voulu attendre plus longtemps à se faire voir à Céladon en cet état. Elle y avait sans doute l’air et le geste bons et la mine haute, et combien que ses traits commençassent à éprouver les rigueurs de leur seconde saison, elle valait encore le coup, sans lui faire grâce. Ses cheveux étaient si artistement ménagés qu’on les trouvait quelquefois passables, quoique, en effet, ils fussent hideusement vilains ; mais ses yeux n’auraient pas eu assez de lumière pour l’éclairer s’ils avaient oublié d’en emprunter un peu de son esprit. Quant à Marcelle, elle était encore plus charmante que sous son habit naturel, et cette grande taille qu’elle a la rendaient divinement agréable.

Après que ces quatre amoureuses personnes se furent réciproquement acquittées de leur devoir, Céladon ayant demandé à Amarante de qui elle tenait l’histoire comique dont elle les avait entretenus : « Vous savez, lui dit-elle, que c’est ici la manière de se promener dans le parc jusqu’à onze heures ou minuit, et vous ne doutez pas que cette liberté que nos parents ne peuvent nous dénier, puisqu’elle est autorisée par l’usage, ne soit de grande utilité aux partisans de l’amour :


   Sur un amas de mille fleurs,
À l’ombre d’un buisson de qui l’épais feuillage
   Voile l’amoureux badinage,
Maints amants, tous les jours, y vont unir leurs cœurs.