Page:L’Arioste - Roland furieux, trad. Reynard, 1880, volume 2.djvu/170

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« Aussi, modérant un peu leur rigueur, elles choisirent, pendant un espace de quatre années, dix hommes les plus beaux et les plus vigoureux parmi ceux qu’elles capturèrent, et qu’elles jugèrent aptes à soutenir la joute amoureuse contre cent femmes qu’elles étaient. Un mari fut établi pour servir à dix d’entre elles.

« Mais avant d’en arriver là, elles en immolèrent un grand nombre jugés trop faibles pour cette rude besogne. Enfin, après en avoir mis dix à l’épreuve, elles leur firent partager leur lit et leur puissance, à la condition toutefois que, si d’autres hommes plus vigoureux abordaient dans leur port, ils seraient sans pitié passés au fil de l’épée.

« Plus tard, devenues grosses, et ayant donné le jour à des fils, elles en vinrent à craindre qu’il leur naquît tellement d’enfants mâles, qu’elles ne pussent plus se défendre d’eux, et que l’autorité, qui leur était si chère, ne finît par retomber aux mains des hommes. Elles prirent donc leurs mesures, pendant que leurs enfants mâles étaient encore tout jeunes, pour n’avoir point à redouter dans la suite leur rébellion.

« Pour que le sexe masculin ne vînt pas un jour à les subjuguer, elles instituèrent une loi horrible qui ne permettait à chaque mère de garder qu’un seul enfant mâle. Tous les autres devaient être étouffés, ou bien échangés et vendus hors du royaume. Ils étaient envoyés en tous lieux, et ceux à qui on les confiait avaient pour instructions for-