Page:L’Arioste - Roland furieux, trad. Reynard, 1880, volume 2.djvu/264

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Enfin le coursier s’arrête ; mais son maître ne peut le guider, car il n’a plus de mors. Le Tartare le tient par la crinière, plein de fureur et de colère. Il ne sait quel parti prendre. « Mets-lui la bride de mon palefroi, — lui dit Doralice, — le mien n’est point fougueux, et l’on peut facilement le conduire avec ou sans frein. »

Le Sarrasin regarde comme peu courtois d’accepter l’offre de Doralice ; mais, grâce au frein qu’elle lui propose, il pourra poursuivre son chemin et trouver une occasion plus propice. Sur ces entrefaites, ils sont rejoints par la scélérate, l’infâme Gabrine, laquelle, après avoir trahi Zerbin, fuyait comme une louve qui entend venir les chasseurs et les chiens.

Elle avait encore sur elle les vêtements et les riches parures qui avaient été enlevés à la maîtresse de Pinabel et que Marphise lui avait donnés, ainsi que le palefroi de la vicieuse donzelle, qui pouvait compter parmi les meilleurs. La vieille arrive sur le Tartare avant de s’apercevoir de sa présence.

Les vêtements de jeune fille qu’elle porte excitent le rire de la fille de Stordilan et de Mandricard, car ils la font ressembler à une guenon, à un babouin. Le Sarrasin imagine de lui enlever sa bride pour la mettre à son destrier. Le mors enlevé, il effraye le palefroi par ses menaces et ses cris, et le met en fuite.

Le palefroi fuit à travers la forêt, emportant la vieille quasi morte de peur ; il franchit les vallées,