Page:L’Arioste - Roland furieux, trad. Reynard, 1880, volume 2.djvu/285

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tant la vieille tout en pleurs et criant en vain au secours. Dès que Zerbin la vit, il leva les mains au Ciel pour le remercier de la faveur qu’il lui faisait en lui livrant les deux seuls êtres qu’il devait haïr.

Zerbin fait arrêter la vieille en attendant qu’il ait décidé ce qu’il en devait faire. Il songe d’abord à lui couper le nez et les deux oreilles, pour servir d’exemple aux malfaiteurs ; puis il lui paraît préférable de donner son corps en pâture aux vautours. Après avoir hésité entre plusieurs genres de châtiments, il prend enfin la résolution suivante :

Il se tourne vers ses compagnons et dit : « Je suis heureux de pouvoir laisser la vie à ce félon, car, s’il ne mérite point un pardon complet, il ne mérite pas non plus un châtiment aussi terrible que la mort. Qu’il vive et qu’on le délie, j’y consens ; son crime lui fut inspiré par l’amour, et les fautes que fait commettre l’amour peuvent facilement s’excuser.

« Amour a souvent troublé des esprits plus sains que ne l’avait celui-ci, et les a poussés à de bien plus grands excès que l’outrage dont nous avons tous été victimes. C’est moi qui devrais être puni d’avoir été assez aveugle pour lui confier une semblable mission, sans songer que le feu allume facilement la paille. »

Puis, regardant Odoric : « Je veux, — lui dit-il, — qu’en punition de ta faute, tu aies pendant un an cette vieille pour compagne ; tu ne pourras la quitter un seul instant, ni jour ni nuit, où que