Page:L’Arioste - Roland furieux, trad. Reynard, 1880, volume 2.djvu/79

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Chacun peut voir combien le sire de Séleucie a de désavantage contre Griffon, et que si le roi n’arrête point le combat, il risque de perdre la vie. Norandin fait signe à sa garde d’entrer dans la lice et de séparer les combattants. L’un et l’autre furent emmenés chacun d’un côté, et le roi fut fort approuvé de cet acte de sagesse.

Les huit chevaliers qui devaient tenir contre tous, et qui n’avaient pu lutter contre un seul, étaient sortis un à un de la lice. Les autres, qui étaient venus pour les combattre, restaient sans adversaire, Griffon étant venu se jeter au milieu de la mêlée, et ayant accompli à lui seul ce que tous devaient faire contre huit.

La fête avait donc duré très peu, car tout s’était accompli en moins d’une heure. Mais Norandin, pour prolonger les jeux et les continuer jusqu’au soir, descendit de son estrade, fit débarrasser la lice, et divisant en deux troupes tous les chevaliers, les accoupla suivant leurs prouesses el leur rang, et l’on recommença une nouvelle joute.

Cependant Griffon était retourné à son logis, plein de colère et de rage, et plus accablé de la honte de Martan que satisfait de l’honneur d’avoir vaincu lui-même. Pour se disculper de l’opprobre qu’il a encouru, Martan invente toutes sortes de mensonges, et son impudente et rusée compagne lui vient en aide de son mieux.

Qu’il le crût ou non, le jeune chevalier accepta ses excuses ; mais il jugea prudent de partir sur-le-champ sans en rien dire à personne, dans la