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Abrégé de la Grammaire wallonne

[1]L’apostrophe (’) est, dans la langue française, un signe euphonique qui annonce l’élision d’une voyelle : l’amante pour la amante. L’usage, éternel tyran de la raison, a rendu son emploi vicieux dans certains cas ; et nous écrivons grand’mère, grand’tante, etc. en violant l’orthographe, pour obtenir la correction grammaticale. Le tiret (-), quelque fois utile, la cédille (ç), si significative, offrent des irrégularités aussi choquantes. N’en doutons point, la société savante, qui fait la gloire de l’Europe, assignera des règles à ces figures ; et nous ne demanderons plus, pourquoi ces distinctions sans motifs ? Le trait de séparation (-) créé par la nécessité, étant essentiellement intellectif, son emploi légal est consacré.

L’idiome wallon admet également l’ï tréma ou l’y grec : Faïe, fayé : difficile à vivre, malingre.

On peut, comme dans la langue française, employer les guillemets («), l’astérisque (*), et la parenthèse ().

Des parties du Discours.

Je distingue trois parties principales du discours : le mot régissant, le mot régit, la particule, soit monosyllabique soit polysyllabique. Les grammairiens subdivisent ces trois parties, par l’article, le nom, le pronom, le verbe, le participe, l’adverbe, la préposition, la conjonction, et l’interjection.

De l’article.

Le nom régit l’article ; mais l’article complète la signification du nom : Li ou Lu : Li fré el-soûr : le frère et la sœur. — De pan, de boûr, et del-châr : du pain, du beurre, et de la viande. — Des bâstai, de-zâmônn[2] : des paniers, des framboises. — Soula faî de ben â koir : cela fait du bien au corps. — O kizin, inn kizenn : un cousin, une cousine. — Fé de charité au pôv : faire du bien ou des charités aux pauvres.

  1. En calquant l’orthographe du dialecte wallon sur l’orthographe française, je devrais répéter jusqu’à satiété le signe de l’élision : chaque fois que le Wallon trouve un appui pour soutenir sa voix, il supprime, comme on le verra, une ou plusieurs voyelles : il emploie même jusqu’à la contraction, pour précipiter l’émission des syllabes et des mots. Placé dans l’alternative ou de n’offrir à l’œil qu’une tachygraphie confuse, ou d’écrire exclusivement pour l’oreille, j’ai préféré le dernier parti. Je ne viole pas le système orthographique, puisque nous n’en avons point : il n’existe qu’une sorte de routine, dans nos petits ouvrages écrits en wallon : leurs Auteurs, voulant composer avec l’orthographe française, ne marchent qu’en tâtonnant ; et par cette méthode injudicieuse, ils rendent plus pénible une lecture qui, dans toutes les hypothèses possibles, sera toujours difficile. Sans rejeter l’apostrophe, je ne l’emploirai que dès-lors que mon oreille en réclamera la nécessité : le tiret remplacera souvent ce signe ; et pour noter plus nettement, ce langage auriculaire, je transporterai une consonne finale au mot subséquent ; chaque fois que l’organe sera l’interprète du génie ou des caprices de ce dialecte.
  2. Pour que chaque lettre ait un son, les mots wallons ne seront point affectés de la marque plurielle.