Page:La Boétie - Œuvres complètes Bonnefon 1892.djvu/65

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L’événement a donné raison à La Boétie et cette pièce d’envoi est de beaucoup préférable à la traduction qu’elle accompagne. Un ton facile et enjoué règne dans ces vers naturels et vrais, et leur assigne un rang fort honorable, entre les productions poétiques du XVIe siècle. Il en est de même chaque fois que La Boétie s’abandonne à ses qualités personnelles, quand son inspiration sait demeurer dans une juste mesure. L’aisance du tour, la délicatesse de la pensée, les réminiscences heureuses et les gracieuses comparaisons montrent alors combien le talent de La Boétie était propre à la poésie légère. Ce sentiment se dégage également d’une pièce de vers que La Boétie a intitulée Chanson, mais qu’on pourrait plus justement appeler Élégie. D’une forme un peu confuse, d’un style parfois pénible, elle témoigne un grand souci des règles poétiques, notamment de la régularité du mètre et de l’alternance des rimes, que Ronsard commençait à imposer. Par la nature du sujet si elle se rapproche du goût régnant, quelques traits charmants la signalent aux regards. Par endroits, la grâce de l’image s’y allie heureusement à l’harmonie du rythme, comme dans la strophe qui suit :

Les vents aux bords tant de vagues n’amènent,
Lorsque l’hyver est le maistre de l’eau,
Comme de flots dans ton cœur se promènent.
L’automne abbat moins de feuilles aux plaines,
Moins en refait le plaisant renouveau,
Que tu desfais et fais d’amours soudaines.[1]

En prenant cette comparaison à l’antiquité, La Boétie a su la rajeunir et lui donner une poésie pleine d’une fraîcheur nouvelle.

Le recueil s’achève par une suite de vingt-cinq sonnets, qui forment sans contredit la portion la plus personnelle et la plus importante des poésies de La Boétie[2]. Apporté d’Italie en

  1. Ces vers sont cités par Montaigne avec quelques variantes (Essais, liv. III, ch. 13). C’est apparemment là que les a pris Guillaume Bouchet, qui les insère à son tour dans la neuvième de ses Serées (édition Roybet, Paris, 1873, t. II, p. 129).
  2. Nous ne possédons pas tous les vers que La Boétie composa. Montaigne nous apprend, dans son avertissement au lecteur, que son ami « avoit fait force autres vers latins et françois », dont quelques-uns portaient le titre de Gironde, et lui-même en entendit réciter de « riches lopins ». Montaigne ajoute : « Mesmes celuy qui a escrit les Antiquitez de Bourges en allègue que je recognoy : mais je ne sçay que tout cela est devenu, non plus que ces Poemes grecs. » Nous ignorons à quel ouvrage Montaigne fait ici allusion.Voudrait-il parler, comme le croit M. Feugère, d’Élie Vinet, auteur de l’Antiguité de Bourg, — et non de Bourges, ainsi que le ferait dire à Montaigne une erreur typographique ? La chose semble difficile, l’Antiquité de Bourg n’ayant été publiée qu’en 1574, à la suite de