Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/115

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mûre, que souvent par rencontre on vient à heurter quelqu’un qui, ou par fortune ou par envie qu’il a de faire mal, la fait crever, et avec grande douleur, mais toutefois pour le bien et avantage de celui qui reçoit le coup. Ainsi il est aisé à connaître que l’Église étant, long temps y a, merveilleusement corrompue d’infinis abus, survenus tant par la longueur du temps que la dissolution des mœurs, ne pouvant plus elle-même se contenir en soi et s’étant venue la maladie en son entière maturité, elle a rencontré ces gens-là, toute assurée, si elle n’eut trouvé ceux-là, d’en trouver d’autres. Il est bien possible que, par aventure, ils eussent mieux fait et plus gracieusement cet office, avec plus de modestie, de prudence et de bonne intention ; mais, cependant, l’Église doit avoir senti que, soit de la main amie ou ennemie, elle a été en quelque endroit touchée là où était vraiment le mal qu’il fallait purger. Reste donc que sans doute [que] les abus de l’Église ont été l’occasion qui a donné tant de vigueur au feu qui est maintenant allumé. Le peuple n’a pas moyen de juger, étant dépourvu de ce qui donne ou confirme le bon jugement, les lettres, les discours et l’expérience. Puisqu’il ne peut juger, il croit autrui. Or, est cela ordinaire que la multitude croit plus aux personnes qu’aux choses, et qu’il est plus persuadé par l’autorité