Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/116

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


de celui qui parle que par les raisons qu’il dit ; et on [ne] peut douter, qu’en son endroit, les impressions qu’il prend de ce qu’il voit de ses yeux corporels n’aient plus de pouvoir que les plus subtiles disputes et les plus vifs arguments du monde. Car son principal entendement consiste aux sens naturels et non à l’esprit.

Ainsi le peuple oyant les invectives que faisaient contre les ecclésiastiques ceux qui s’étaient départis de l’Église, ils ont pris garde aux vices manifestes du clergé, à la mauvaise vie, l’ambition, la vilenie, avarice de plusieurs ; et ayant trouvé cela véritable que les autres en avaient dit, ils ont aisément cru que la doctrine était fausse de ceux qui vivaient si mal, et commettaient des abus si grossiers ; et, au contraire, que la doctrine de leurs adversaires était vraie, les ayant trouvés véritables en ce qui leur avaient dit de la dissolution des mœurs. Par ce moyen ayant commencé à mépriser leurs prélats et perdu la révérence qu’ils avaient à l’Église, ils n’ont plus écouté leur prière, l’ayant à dédain à cause de ses pasteurs, et ainsi la plupart ont laissé une cause qu’ils n’entendaient point, comme plusieurs juges qui, par un zèle indiscret, connaissent une partie de mauvaise foi et grand plaideur, condamnent la cause pour la personne sans avoir connu du droit.