Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/118

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Si [le] pape Léon, dès le commencement, eut habilement assemblé le concile et reçu Martin [Luther] à débattre, et reconnu les fautes notoires, et retranché les manifestes abus, nous ne fussions pas maintenant en cette malheureuse perturbation de toutes choses. Mais c’est ce qu’on dit que souvent, pour vouloir tout garder, on perd tout, et pour ne se vouloir point départir de fausses coutumes introduites par avarice en l’Église, on a donné occasion aux ennemis d’ébranler les bonnes et saintes traditions, et [que] nos bons religieux pères nous avaient laissées. Aussi de notre part, en France, nous aidâmes beaucoup à avancer la ruine, quand au lieu de remettre sur la vraie et ancienne eslation des pasteurs, et la corriger, nous l’ôtâmes du tout et, de malheur, ce fut lors que Martin [Luther] commença d’entrer en lice, qui n’était autre chose, sinon, à l’heure que l’ennemi était en campagne et qu’il fallait renforcer les garnisons, les casser du tout et ouvrir les portes.

On a fait encore pis, quand on a voulu maintenant non seulement maintenir les bonnes opinions, mais encore souvent des observances, ou indifférentes, ou par aventure abusives, avec le glaive et le feu. Car il n’est rien si dangereux en un État, lorsqu’on veut garder qu’une opinion de la religion qui trouble la chose publique ne