Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/137

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parties de leur hérédité. Eh quoi ! s’il vient encore d’autres opinions, il faudra encore faire subdivision. Dira-t-on, si ce sont opinions impies, on ne les permettra pas comme l’on fait celles-ci qui sont supportables. C’est une mauvaise couleur, car on voit bien qu’on ne permet pas ce qu’on veut permettre pour jugement qu’on fait de deux opinions, mais pour la multitude de ceux qui la tiennent. Davantage, puisqu’il est nécessaire que l’une des deux soit vraie, il faut que l’une soit non seulement fausse, mais fort mauvaise, car l’Église romaine tient les protestants pour hérétiques, quant aux sacrements et infinis autres points, et les protestants appellent les catholiques idolâtres. Donc, si le Roi en entretient deux par nécessité, il en entretient une fort méchante.

Et outre, quelle est la fin de ce conseil de maintenir deux religions ? Jamais on ne parla, en république aucune, d’entretenir quelque diversité, sinon qu’en attendant et jusques à quelque certain temps. Qu’est-ce qu’on attendra donc ? Et, si on n’attend rien, qui ouït jamais parler de telle délibération ? Chacun vive comme il l’entend et croit si bon lui semble. C’est autant à dire comme si on disait : établissons la discussion qui est à présent, par l’ordonnance du Roi, et, de peur qu’elle cesse, autorisons-la pour