Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/138

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jamais. Je crois qu’il n’y a personne qui se propose une si inepte résolution. Si on attend quelque fin, comment et par quel moyen ? Si c’est que l’ordre s’y mette de lui-même, quelle imprudence est-ce de laisser aller la navire sans gouvernail, et attendre qu’il arrive à port de salut. Le Roi ne peut mettre ordre, et, pour cette cause, il abandonne l’affaire et espère que par rencontre l’ordre s’y mettra. Pour vrai, l’ordre s’y mettra ; mais c’est l’ordre qui viendra de la multitude et de sa belle police, qui sera tel comme il a toujours accoutumé d’être, venant de telle main, c’est-à-dire la ruine entière et d’eux et de leurs maîtres.

Reste le dernier point. On attendra le Conseil. Il ne s’assemblera jamais. De quoi il n’est pas besoin d’alléguer les raisons, qui sont trop apparentes. Mais mettons qu’il s’assemble ; ce sera si tard qu’entre ci et là nous aurons eu beau loisir de voir tout ruiné. Et quand il sera tenu de bonne heure, quelle espérance peut-on avoir de faire tenir rien qui soit [mieux] ordonné que les princes ne le feront avec la force. Ainsi, quand ils auraient ordonné quelque chose au Conseil, en serait-il de même qu’à présent. C’est qu’il faudrait que le Roi en fit l’exécution, qui est en toutes choses le tout, et dès lors il commençât à faire ce qu’il devait faire à présent ; et