Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/187

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


EXTRAIT D’UNE LETTRE

que Monsieur le Conseiller de MONTAIGNE écrit à Monseigneur de Montaigne, son père, concernant quelques particularités qu’il remarqua en la maladie et mort de feu Monsieur DE LA BOÉTIE,



QUANT à ses dernières paroles, sans doute si homme en doit rendre bon compte, c’est moi, tant parce que du long de sa maladie il parlait aussi volontiers à moi qu’à nul autre, que aussi pour ce que pour la singulière et fraternelle amitié que nous nous étions entreportés, j’avais très certaine connaissance des intentions, jugements et volontés qu’il avait eus durant sa vie, autant sans doute qu’homme peut avoir d’un autre. Et parce que je les savais être hautes, vertueuses, pleines de très certaine résolution, et quand tout est dit, admirables, je prévoyais bien que si la maladie lui laissait le moyen de se pouvoir exprimer, qu’il ne lui échapperait rien en une telle nécessité qui ne fut grand et plein de bon exemple : ainsi je m’en prenais le plus garde que je pouvais. Il est vrai, Monseigneur, comme j’ai