Page:La Chanson de la croisade contre les Albigeois, 1875, tome 2.djvu/187

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les vieux et les jeunes, les uns et les autres, même les petits enfants en furent très-étonnés. À la vue de tout le peuple il (le comte de Toulouse) leur livra le château [tel] qu’onques en terre plaine on ne vit, je pense, aussi beau. [1020] Ils ont à ce propos fait mainte charte, maint bref, mainte lettre scellée qu’il (l’abbé) envoya par le monde jusqu’à Mont Gibel [1]. Le roi d’Aragon vint trouver l’abbé devers Muret, et s’entretint avec lui en un pré à Portet [2] ; et ils ne conclurent rien qui vaille un anneau [1025] de la plus méchante boucle [3].

XLVI.

L’évêque de Toulouse, Folquet de Marseille, qui n’a pas son pareil en mérite, et l’abbé de Cîteaux tiennent conseil l’un avec l’autre. Toujours ils vont prêchant le peuple, [le blâmant] de ce qu’il ne se réveille point, [1030] s’élevant l’un et l’autre contre le prêt et l’usure [4]. Par tout Agenais l’abbé parcourut le pays, à ce point qu’il chevaucha jusqu’à Sainte-Bazeille [5]. Mais à rien de ce qu’ils prêchent on ne prête l’oreille : au contraire on disait par raillerie : « Voici que rôde l’abeille. » [1034] C’est pourquoi, puisse Foi me venir en aide ! je ne m’émerveille point si on les abîme, les vole, les dépouille, si par force on les convertit.

  1. L’Etna.
  2. Sur la route de Toulouse à Muret.
  3. La boucle figure dans plusieurs locutions proverbiales ; voy. Romania, IV, 270.
  4. On verra plus loin (v. 1395) le prêt à usure interdit par les légats ; cf. la note 1 de la page suivante.
  5. Arr. de Marmande.