Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/26

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Que nous voudrons en entreprendre ;
Mais je tiens qu’il vaut mieux attendre.
Arrestons-nous pour un temps quelque part ;
Et cela plûtost que plus tard ;
Car en amour, comme à la table,
Si l’on en croit la faculté,
Diversité de mets peut nuire à la santé.
Le trop d’affaires nous accable ;
Ayons quelque objet en commun ;
Pour tous les deux c’est assez d’un.
J’y consens, dit Joconde, et je sçais une Dame
Prés de qui nous aurons toute commodité.
Elle a beaucoup d’esprit, elle est belle, elle est femme
D’un des premiers de la Cité.
Rien moins, reprit le Roy, laissons la qualité :
Sous les cottillons des grisettes
Peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des Coquettes.
D’ailleurs, il n’y faut point faire tant de façon ;
Estre en continuel soupçon,
Dépendre d’une humeur fiere, brusque, ou volage,
Chez les Dames de haut parage
Ces choses sont à craindre, et bien d’autres encor.
Une grisette est un tresor ;
Car sans se donner de la peine,
Et sans qu’aux bals on la promeine,
On en vient aisément à bout ;
On luy dit ce qu’on veut, bien souvent rien du tout.
Le point est d’en trouver une qui soit fidelle.
Choisissons-la toute nouvelle,
Qui ne connoisse encor ny le mal ny le bien.
Prenons, dit le Romain, la fille de notre hôte ;
Je la tiens pucelle sans faute,
Et si pucelle, qu’il n’est rien
De plus puceau que cette belle ;
Sa poupée en sçait autant qu’elle.
J’y songeois, dit le Roy ; parlons-luy dés ce soir.
Il ne s’agit que de sçavoir