Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/28

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Crut qu’Astolphe y perdoit beaucoup ;
Tout alla bien, et maistre Pucelage
Joüa des mieux son personnage.
Un jeune gars pourtant en avoit essayé.
Le temps, à cela prés, fut fort bien employé,
Et si bien que la fille en demeura contente.
Le lendemain elle le fut encor,
Et mesme encor la nuit suivante.
Le jeune gars s’étonna fort
Du refroidissement qu’il remarquoit en elle :
Il se douta du fait, la gueta, la surprit,
Et luy fit fort grosse querelle.
Afin de l’appaiser la belle luy promit,
Foy de fille de bien, que sans aucune faute,
Leurs Hostes délogez, elle luy donneroit
Autant de rendez-vous qu’il en demanderoit.
Je n’ay soucy, dit-il, ny d’hôtesse ny d’hôte :
Je veux cette nuit même, ou bien je diray tout.
Comment en viendrons nous à bout ?
(Dit la fille fort affligée)
De les aller trouver je me suis engagée :
Si j’y manque, adieu l’anneau
Que j’ay gagné bien et beau.
Faisons que l’anneau vous demeure,
Reprit le garçon tout à l’heure.
Dites-moy seulement, dorment-ils fort tous deux ?
Ouy, reprit-elle ; mais entr’eux
Il faut que toute nuit je demeure couchée :
Et tandis que je suis avec l’un empeschée,
L’autre attend sans mot dire, et s’endort bien souvent,
Tant que le siege soit vacant ;
C’est-là leur mot. Le gars dit à l’instant :
Je vous iray trouver pendant leur premier somme.
Elle reprit : Ah ! gardez-vous-en bien ;
Vous seriez un mauvais homme.
Non, non, dit-il, ne craignez rien,
Et laissez ouverte la porte.
La porte ouverte elle laissa :