Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/33

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Catelle en rit ; pas grain de jalousie.
Sa concurrente en estoit sa bonne amie :
Si bien qu’un jour qu’ils estoient en devis,
Minutolo pour lors de la partie,
Comme en passant mit dessus le tapis
Certains propos de certaines coquettes,
Certain mary, certaines amourettes,
Qu’il controuva sans personne nommer ;
Et fit si bien que Madame Catelle
De son époux commence à s’allarmer,
Entre en soupçon, prend le morceau pour elle.
Tant en fut dit, que la pauvre femelle,
Ne pouvant plus durer en tel tourment,
Voulut sçavoir de son défunt amant,
Qu’elle tira dedans une ruelle,
De quelles gens il entendoit parler :
Qui, quoy, comment, et ce qu’il vouloit dire.
Vous avez eu, luy dit-il, trop d’empire
Sur mon esprit pour vous dissimuler.
Vostre mary void Madame Simone :
Vous connoissez la galande que c’est :
Je ne le dis pour offenser personne ;
Mais il y va tant de votre interest
Que je n’ay pû me taire davantage.
Si je vivois dessous vostre servage,
Comme autresfois, je me garderois bien
De vous tenir un semblable langage,
Qui de ma part ne seroit bon à rien.
De ses amans toûjours on se méfie.
Vous penseriez que par supercherie
Je vous dirois du mal de vostre époux ;
Mais, grace à Dieu, je ne veux rien de vous.
Ce qui me meut n’est du tout que bon zele.
Depuis un jour j’ay certaine nouvelle
Que votre époux, chez Janot le Baigneur,
Doit se trouver avecque sa Donzelle.
Comme Janot n’est pas fort grand Seigneur,
Pour cent ducats vous luy ferez tout dire ;