Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/45

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Dieu sçait pourquoy : le galant, en effet,
Crut que parlà baiseroit la commere.
Vous avez trop dequoy me satisfaire,
(Ce luy dit-il) et sans débourser rien :
Accordez-moy ce que vous sçavez bien.
Je songeray, répond-elle, à la chose :
Puis vient trouver Biaise tout aussi-tost,
L’avertissant de ce qu’on luy propose.
Biaise luy dit : Par bieu ! femme, il nous faut
Sans coup ferir, rattraper nostre somme.
Tout de ce pas allez dire à cet homme
Qu’il peut venir, et que je n’y suis point.
Je veux icy me cacher tout à point.
Avant le coup demandez la cedule.
De la donner je ne crois qu’il recule.
Puis tousserez afin de m’avertir;
Mais haut et clair, et plûtost deux fois qu’une.
Lors de mon coin vous me verrez sortir
Incontinent, de crainte de fortune.
Ainsi fut dit, ainsi s’executa ;
Dont le mary puis aprés se vanta ;
Si que chacun glosoit sur ce mystere.
Mieux eust valu tousser aprés l’affaire
(Dit à la Belle un des plus gros Bourgeois);
Vous eussiez eu vostre conte tous trois.
N’y manquez plus, sauf aprés de se taire.
Mais qu’en est-il ? or çà, Belle, entre nous.
Elle repond : Ah monsieur ! croyez-vous
Que nous ayons tant d’esprit que vos Dames ?
(Notez qu’illec, avec deux autres femmes,
Du gros Bourgeois l’épouse estoit aussi.)
Je pense bien, continua la Belle,
Qu’en pareil cas Madame en use ainsi ;
Mais quoy, chacun n’est pas si sage qu’elle.

    Le Savetier, qui fut adopté depuis par tous les autres éditeurs. — La Fontaine a traité ce même sujet dans un ballet intitulé Les Rieurs du Beau-Richard.