Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/61

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Puis le mettrons en sa perfection,
Tant et si bien qu’en ayez bonne issuë.
Je vous en suis, dit-elle, bien tenuë :
Bon fait avoir icy bas un amy.
Le lendemain, pareille heure venuë,
Compere André ne fut pas endormy.
Il s’en alla chez la pauvre innocente.
Je viens, dit-il, toute affaire cessante,
Pour achever l’oreille que sçavez.
Et moy, dit-elle, allois par un message
Vous avertir de haster cet ouvrage :
Montons en haut. Dés qu’il furent montez,
On poursuivit la chose encommencée.
Tant fut ouvré, qu’Alix dans la pensée,
Sur cette affaire un scrupule se mit,
Et l’innocente au bon apostre dit :
Si cet enfant avoit plusieurs oreilles,
Ce ne seroit à vous bien besogné.
Rien, rien, dit-il ; à cela j’ay soigné :
Jamais ne faux en rencontres pareilles.
Sur le métier l’oreille estoit encor
Quand le mary revient de son voyage,
Caresse Alix, qui du premier abord :
Vous aviez fait, dit-elle, un bel ouvrage !
Nous en tenions sans te Compere André,
Et nostre enfant d’une oreille eust manqué.
Souffrir n’ay pu chose tant indecente.
Sire André donc, toute affaire cessante,
En a fait une : il ne faut oublier
De l’aller voir, et l’en remercier :
De tels amis on a toûjours affaire.
Sire Guillaume, au discours qu’elle fit,
Ne comprenant comme il se pouvoit faire
Que son Epouse eust eu si peu d’esprit,
Par plusieurs fois luy fit faire un recit
De tous le cas ; puis, outré de colere,
Il prit une arme à costé de son lit,
Voulut tuer la pauvre Champenoise,