Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/62

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Qui pretendoit ne l’avoir merité.
Son innocence et sa naïveté
En quelque sorte appaiserent la noise.
Helas Monsieur, dit la Belle en pleurant,
En quoy vous puis-je avoir fait du dommage ?
Je n’ai donné vos draps ny vostre argent,
Le compte y est ; et quant au demeurant
André me dit, quand il parfit l’enfant,
Qu’en trouveriez plus que pour vôtre usage
Vous pouvez voir ; si je ments tuez-moy ;
Je m’en rapporte à vostre bonne foy.
L’Epoux, sortant quelque peu de colere,
Luy répohdit : Or bien ; n’en parlons plus ;
On vous l’a dit, vous avez crû bien faire,
J’en suis d’accord ; contester là dessns
Ne produiroit que discours superflus.
Je n’ay qu’un mot : Faites demain en sorte
Qu’en ce logis j’attrape le Galant :
Ne parlez point de nostre different,
Soyez secrette, ou bien vous estes morte.
Il vous le faut avoir adroitement ;
Me feindre absent en un second voyage,
Et luy mander, par lettre ou par message,
Que vous avez à luy dire deux mots.
André viendra ; puis de quelques propos
L’amuserez, sans toucher à l’oreille,
Car elle est faite, il n’y manque plus rien.
Nostre innocente executa trés-bien
L’ordre donné ; ce ne fut pas merveille ;
La crainte donne aux bestes de l’esprit.
André venu, l’Epoux guere ne tarde,
Monte, et fait bruit. Le compagnon regarde
Où se sauver : nul endroit il ne vit,
Qu’une ruelle, en laquelle il se mit.
Le mary frappe ; Alix ouvre la porte,
Et de la main fait signe incontinent,
Qu’en la ruelle est caché le Galant.
Sire Guillaume estoit armé de sorte