Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/63

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Que quatre Andrez n’auroient pû l’étonner.
Il sort pourtant, et va querir main forte,
Ne le voulant sans doute assassiner,
Mais quelque oreille au pauvre homme couper,
Peut-estre pis, ce qu’on coupe en Turquie,
Pays cruel et plein de barbarie.
C’est ce qu’il dit à sa femme tout bas ;
Puis l’emmena, sans qu’elle osast rien dire ;
Ferma trés-bien la porte sur le sire.
André se crût sorti d’un mauvais pas,
Et que l’Epoux ne sçavoit nulle chose.
Sire Guillaume, en révant à son cas
Change d’avis, en soy-mesme propose
De se vanger avecque moins de bruit,
Moins de scandale, et beaucoup plus de fruit.
Alix, dit-il, allez querir la femme
De sire André ; contez-luy vostre cas
De bout en bout ; courez, n’y manquez pa
Pour l’amener[1], vous direz à la Dame,
Que son mary court un peril trés-grand,
Que je vous ay parlé d’un chastiment
Qui la regarde, et qu’aux faiseurs d’oreilles
On fait souffrir en rencontres pareilles :
Chose terrible, et dont te seul penser
Vous fait dresser les cheveux à la teste ;
Que son Epoux est tout prest d’y passer ;
Qu’on n’attend qu’elle afin d’estre à la feste
Que toutesfois, comme elle n’en peut mais
Elle pourra faire changer ta peine :
Amenez-la, courez ; je vous promets
D’oublier tout moyennant qu’elle vienne.
Madame Alix, bien joyeuse s’en fut
Chez sire André, dour la femme accourut
En diligence, et quasi hors d’haleine ;

  1. 1re édition :
    Pour l’emmener..