Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/66

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Tirent à soy filles et femmes[1],
Se sçavent emparer du cœur,
Et dans la vigne du Seigneur
Travaillent ainsi qu’on peut croire,
Et qu’on verra par cette Histoire.
  Au temps que le sexe vivoit
Dans l’ignorance[2], et ne sçavoit
Gloser encor sur l’Evangile
(Temps à cotter fort difficile),
Un essaim de Freres dismeurs[3],
Pleins d’appetit et beaux disneurs,
S’alla jetter dans une Ville
En jeunes Beautez trés-fertile.
Pour des Galants, peu s’en trouvoit ;
De vieux maris, il en pleuvoit.
A l’abord une Confrerie
Par les bons Peres fut bastie.
Femme n’estoit qui n’y courust,
Qui ne s’en mist, et qui ne crust
Par ce moyen estre sauvée :
Puis quand leur foy fut éprouvée,
On vint au veritable point[4].
Frere André ne marchanda point,
Et leur fit ce beau petit presche :
Si quelque chose vous empesche
D’aller tout droit en Paradis,
C’est d’espargner pour vos maris

  1. Edition de 1668 :
    Tirant à soy filles et femmes.
  2. Edition de 1668 :
    Dans l’innocence…..
  3. Editions de 1668 et de 1685 :
    Un essaim de Freres Mineurs.
  4. Edition de 1668 :
    La crainte donc d’estre damnée
    Fit qu’elles vinrent de bien loin