Page:La Fontaine - Fables choisies, Barbin 1692, tome 1.djvu/18

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PREFACE.


faut conſiderer en toute choſe la fin. Je demande lequel de ces deux exemples fera le plus d’impreſſion ſur cet enfant ? ne s’arreſtera-t-il pas au dernier, comme plus conforme & moins diſproportionné que l’autre à la petiteſſe de ſon eſprit ? Il ne faut pas m’alleguer que les penſées de l’enfance ſont d’elles-meſmes aſſez enfantines, ſans y joindre encore de nouvelles badineries. Ces badineries ne ſont telles qu’en apparence, car dans le fonds elles portent un ſens tres-ſolide. Et comme par la définition du Point, de la Ligne, de la Surface, & par d’autres principes tres-familiers, nous parvenons à des connoiſſances qui meſurent enfin le Ciel & la Terre ; de même auſſi par les raiſonnemens, & conſequences que l’on peut tirer de ces Fables, on ſe forme le jugement & les mœurs, on ſe rend capable des grandes choſes.

Elles ne ſont pas ſeulement Morales ; elles donnent encore d’autres connoiſſances. Les proprietez des Animaux, & leurs divers caracteres y ſont exprimez ; par conſequent les noſtres auſſi, puiſque nous ſommes l’abregé de ce qu’il y a de bon & de mauvais dans les creatures irraiſonables. Quand Promethée voulut former l’hom-