Page:La Fontaine - Fables choisies, Barbin 1692, tome 1.djvu/19

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PREFACE.


me, il prit la qualité dominante de chaque beſte. De ces pieces ſi differentes il compoſa noſtre eſpece ; il fit cet Ouvrage qu’on appelle le petit Monde. Ainſi ces Fables ſont un Tableau où chacun de nous ſe trouve dépeint. Ce qu’elles nous repreſentent, confirme les perſonnes d’âge avancé dans les connoiſſances que l’uſage leur a données, & apprend aux enfans ce qu’il faut qu’ils ſçachent. Comme ces derniers ſont nouveau-venus dans le monde, ils n’en connoiſſent pas encore les habitans, ils ne ſe connoiſſent pas eux-meſmes. On ne les doit laiſſer dans cette ignorance que le moins qu’on peut ; il leur faut apprendre ce que c’eſt qu’un Lion, un Renard, ainſi du reſte ; & pourquoy l’on compare quelquefois un homme à ce Renard ou à ce Lion. C’eſt à quoy les Fables travaillent ; les premieres Notions de ces choſes proviennent d’elles.

J’ay déja paſſé la longueur ordinaire des Prefaces ; cependant je n’ay pas encore rendu raiſon de la conduite de mon Ouvrage. L’Apologue eſt composé de deux parties, dont on peut appeller l’une le Corps, l’autre l’Ame. Le Corps eſt la Fable, l’Ame la Moralité. Ariſtote n’admet