Page:La Fontaine - Fables choisies, Barbin 1692, tome 1.djvu/40

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D’ESOPE.

me ſuis vanté de faire. Chacun admira l’expedient que Xantus avoit trouvé pour ſortir à ſon honneur d’un ſi mauvais pas. Le Diſciple confeſſa qu’il eſtoit vaincu, & demanda pardon à ſon Maiſtre. Xantus fut reconduit juſqu’en ſon logis avec acclamations. Pour recompenſe Eſope luy demanda la liberté. Xantus la luy refuſa, & dit que le temps de l’affranchir n’eſtoit pas encore venu : ſi toutefois les Dieux l’ordonnoient ainſi, il y conſentoit ; partant, qu’il priſt garde au premier préſage qu’il auroit eſtant ſorty du logis : s’il eſtoit heureux, & que par exemple deux Corneilles ſe preſentaſſent à ſa veuë, la liberté luy ſeroit donnée ; s’il n’en voyoit qu’une, qu’il ne ſe laſſaſt point d’eſtre Eſclave. Eſope ſortit auſſi toſt. Son Maiſtre eſtoit logé à l’écart, & apparemment vers un lieu couvert de grands arbres. A peine noſtre Phrygien fut hors, qu’il apperceut deux Corneilles qui s’abatirent ſur le plus haut. Il en alla avertir ſon Maiſtre, qui voulut voir luy-meſme s’il diſoit vray. Tandis que Xantus venoit, l’une des Corneilles s’envola. Me tromperas tu toûjours ? dit il à Eſope : qu’on luy donne les eſtrivieres. L’ordre fut executé.