Page:La Fontaine - Fables choisies, Barbin 1692, tome 1.djvu/53

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LA VIE

mais celle qui eſt baſtie avec le plus d’art. Eſope, à ſon retour dans Babylone, fut receu de Lycerus avec de grandes démonſtrations de joye & de bienveillance : ce Roy luy fit ériger une ſtatuë. L’envie de voir & d’apprendre le fit renoncer à tous ces honneurs. Il quitta la Cour de Lycerus, où il avoit tous les avantages qu’on peut ſouhaiter ; & prit congé de ce Prince pour voir la Grece encore une fois. Lycerus ne le laiſſa point partir ſans embraſſemens & ſans larmes, & ſans le faire promettre ſur les Autels qu’il reviendroit achever ſes jours auprés de luy. Entre les Villes où il s’arreſta, Delphes fut une des principales. Les Delphiens l’écouterent fort volontiers, mais ils ne luy rendirent point d’honneurs. Eſope piqué de ce mépris, les compara aux baſtons qui flottent ſur l’onde. On s’imagine de loin que c’eſt quelque choſe de conſiderable ; de prés on trouve que ce n’eſt rien. La comparaiſon luy coûta cher. Les Delphiens en conceurent une telle haine, & un ſi violent deſir de vengeance (outre qu’ils craignoient d’eſtre décriez par luy) qu’ils reſolurent de l’oſter du monde. Pour y parvenir, ils cacherent parmi ſes hardes