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III

Sur quelles raisons, bonnes ou mauvaises, s’appuie-t-on pour justifier une évidente injustice ?

On parle de l’intérêt moral de la société. La société, dit-on, a un intérêt direct à ce qu’on n’altère pas, à ce qu’on ne retire pas de la circulation une œuvre intellectuelle. Si l’auteur a un droit sur la forme qu’il a donnée à ses idées, la société a un droit sur ces idées une fois qu’elles sont émises ; elles sont le patrimoine commun de la civilisation. En d’autres termes, laissons aux héritiers le bénéfice matériel de l’exploitation, mais que l’exploitation se fasse, car la pensée nous appartient.

À première vue, cette objection est spécieuse ; en y regardant de près elle est puérile. On pourrait la faire à toute espèce de propriété ; on pourrait craindre que le laboureur n’ensemençât pas la terre, que le vigneron ne fît pas de vin, et que la société ne fût affamée par ceux mêmes qui doivent la nourrir. Pourquoi n’a-t-on pas cette crainte ? Parce que l’expérience a prouvé que l’intérêt personnel est ce qu’il y a au monde de plus intelligent, de plus actif, et de plus clairvoyant. Pour que la terre soit négligée, que faut-il faire ? L’abandonner à tout le