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Comment un éditeur qui connaît à fond les difficultés, et je dirai les pauvretés de son métier, peut-il se laisser tromper par de semblables illusions ? Assurément, si on pouvait par des procédés économiques centupler la production de certains objets de consommation et en diminuer le prix du même coup, les consommateurs ne manqueraient pas. Il pourrait s’absorber sur la surface du globe de bien plus grandes quantités de pain, de viande et d’autres aliments ; il pourrait se porter et s’user de bien plus grandes quantités de vêtements et de linge. Pour ces objets de première nécessité, nous sommes loin du maximum de consommation. Mais, en librairie, ne sait-on pas qu’excepté les alphabets et les catéchismes, les livres sont un objet de luxe dans presque tous les pays ; que les meilleurs ouvrages, quel qu’en soit le prix, n’ont en perspective qu’un nombre d’acheteurs limité ; que la publication simultanée d’un nombre plus ou moins considérable d’éditions n’aurait d’autre résultat que de ruiner les éditeurs sans rendre service au public ; qu’il n’est pas possible de créer des lecteurs à volonté, et qu’il faut, par conséquent, régler la production sur l’importance de la vente ? Ne voit-on pas tous les jours d’excellents ouvrages qui pourrissent en magasin ? Ce ne sont pas les livres qui manquent, ce sont les acheteurs. Le domaine public pourra multiplier les premiers à ses risques et périls ; a-t-il un secret pour faire naître les seconds ? La spéculation des volumes à 1 franc qui devait décupler la vente n’a abouti qu’à un désastre véritable pour les auteurs et les éditeurs.